À dix heures du matin, le soleil illuminait la Capitale qui était déjà bien lancée dans sa dynamique en ce jeudi matin : les rues grouillaient de monde, et la circulation atteignait déjà quelques pics, selon les quartiers. C’était un matin ordinaire, sauf pour Fabienne. Pour Fabienne, ce jeudi matin était le début d’une belle journée de conge. Elle qui d’habitude se levait aux aurores, s’était offert le luxe d’une grasse matinée.
Un rayon de soleil malicieux avait cependant percé au travers des épais rideaux rouge pourpre de son appartement parisien et avait eu raison de son sommeil, sur le coup de 9 h30.
Fabienne se frotta nonchalamment les yeux, encore toute engourdie de sommeil. Elle s étira avec la grâce d’un jeune chaton, et s’exclama : « une journée, rien qu’à moi, quel bonheur ! »
Elle fit sa toilette avec beaucoup de minutie, scrutant chaque recoin de son visage, prenant soin de masquer chaque imperfection avec son fond de teint.Lavée, habillée et maquillée avec soin, elle se revêtit d’une robe vert émeraude, merveilleusement coupée qui faisait ressortir a merveille sa longue chevelure or, et d’une paire de ballerines noires. Ses longs cheveux dorés contrastaient avec ses yeux d’un brun profond. On y lisait un tempérament passionné. Très soignée dans son apparence, tout en étant très simple, Fabienne avait beaucoup d’allure et de charisme. Elle possédait également une assurance naturelle. Cette jeune fille était un tourbillon d’enthousiasme, son cercle d’amis était fascine par son incroyable personnalité et elle arrivait à s’attirer des sympathies de toutes parts. Après avoir avale un expresso à la hâte, Fabienne décida de s’offrir un petit luxe : un petit-déjeuner au café du coin. Elle s’installa confortablement à la terrasse du café Daguerre, qui était déjà rempli. Bon nombre d’habitués occupaient leur place fétiche. Fabienne finit par trouver un emplacement qui lui convenait parfaitement bien.
Elle passa commande et s affaissa nonchalamment sur sa chaise, en inclinant légèrement la tête. Il faisait bon, et le quartier était en pleine effervescence. Fabienne se plaisait a observer ces gens qui s’apprêtaient a entrer dans le métro ou dans les magasins. D’autres flânaient d’un air distrait sur l’avenue du général Leclerc. Elle se mit à rêver, en continuant à observer les protagonistes de la scène qui se déroulait devant ses yeux. Elle lisait dans leurs yeux et leurs expressions faciales, leurs joies, leurs peurs et leurs rêves inassouvis. Elle leur inventait une histoire de mari trahi, d amantes infidèles, d’enfants faisant l’école buissonnière…Elle se mit à rêver aussi d’un homme, qui apparaitrait magiquement dans sa vie, et qui en changerait le cours pour toujours. La voix du serveur qui apportait son copieux déjeuner la tira de sa rêverie. Elle huma avec plaisir l’odeur des croissants, qu’elle s’empressa de beurrer et d’y rajouter de la confiture de fraises…Cette dégustation a la française fut un moment de plaisir intense. Fabienne aurait souhaite prolonger ce moment de pur bonheur à l’infini. L’humeur rêveuse de Fabienne se poursuivit, si bien qu’elle ne remarqua pas le jeune homme assis a la table voisine, qui l observait avec une attention soutenue.
Igor était un homme d’affaires russe de passage à Paris-ou plutôt en transit pour trois jours. Demain, il retournerait a Moscou, son lieu de résidence. Igor avait belle allure : d’une taille de 1m90, mince, des cheveux courts, soigneusement coupés à ras, des yeux clairs et limpides qui faisaient ressortir une sorte de candeur naturelle. Il songeait déjà à son départ pour Moscou vendredi matin quand son regard se posa sur cette jeune fille si singulière. Il devait absolument trouver le moyen de lui parler. C’était maintenant ou jamais. Elle pouvait décider de partir d’un moment à l’autre… « Bonjour Mademoiselle, pardon de vous deranger, par ce beau matin de printemps, mais je me demandais si… » « Encore un baratineur », dit Fabienne tout haut, quelque peu exaspérée. Igor ne lâcha pas prise : « Mademoiselle, je ne suis pas ici pour tirer avantage de vous, a la manière de ces vulgaires dragueurs de quartier…mais il faut que je vous avoue que vous me plaisez beaucoup… » Fabienne se leva d’un bond, visiblement agacée par tant d’audace. Igor se leva et lui saisit le poignet. « Attendez, Mademoiselle, s’il vous plait. Il faut bien que je vous dise ce que je ressens, je quitte Paris demain matin…si je ne le fais pas maintenant, je ne serai plus jamais en mesure de le faire ! »
Fabienne, dont l’intention première était de se libérer de l’emprise de cet intrus, regarda Igor dans les yeux. Elle détecta dans ces yeux clairs quelque chose d’innocent, de pur, et presque enfantin. Igor la suppliait du regard. Elle resta silencieuse pendant un petit moment et sentit une émotion la gagner progressivement. Elle baissa les yeux, puis les leva à nouveau vers Igor, qui avait lâché son poignet. Elle aurait pu tourner les talons et détaler comme un petit lièvre surpris par un chasseur aux aguets. Mais elle n en fit rien. « Je te plais vraiment ? », dit- elle, toute abasourdie. « Mais oui, j’ai le coup de foudre pour toi, cela ne m’était jamais arrivé…l’ennui, c’est que je dois repartir dans mon pays demain matin… Je m’appelle Igor Federovitch. J’habite à Moscou. » « Moi c’est Fabienne…mais, écoute, je n’ai pas pour habitude d’aller avec des hommes inconnus… » Au fond d’elle-même, Fabienne était très émue. Ce jeune homme aux cheveux couleur de ble et aux yeux bleus lui plaisait également. Il avait quelque chose de special, il n était pas comme les hommes qu elle avait connus auparavant. Igor lui prit la main et y déposa un tendre baiser. « Fabienne, tu es libre…mais sache que je t aime…si tu en as le courage, accompagne moi dans ma chambre d hôtel ce soir…apres, il sera trop tard, je ne serai pas sur Paris avant 6 mois…la vie est souvent pavée d’occasions perdues…ne vivons dans le regret mais dans le temps présent… »
Un frisson parcourut Fabienne. Elle s’approcha d’Igor et le prit dans ses bras. Elle lui caressa les cheveux et déposa un baiser dans son cou. « Comment ferons-nous après ? Quand tu seras parti ? » « L’amour trouve toujours un chemin…aie confiance… » Fabienne se sentait à présent légère comme ces premières hirondelles du printemps. Elle décida de suivre Igor dans son hôtel et de se donner à lui. Lorsqu’ Igor la quitta a l aeroport, elle pleura longuement, en se disant que c’était une aventure sans lendemain. Pourtant Igor revint quelque temps plus tard et trouva un travail fixe a Paris. Fabienne et Igor sont aujourd’hui mariés, et les fiers parents de deux jumelles adorables : Irina et Isabella. Le miracle de l’amour avait opéré, comme par magie par ce beau jeudi de printemps, dans le 14 eme arrondissement de Paris.
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