Wednesday, August 20, 2014

Et l’amour triompha, malgré tout...

Inscrit en Terminale S, dans un lycée parisien réputé, Simon était plutôt bien intégré dans sa classe.


Pourtant, les choses avaient tourné au cauchemar en l’espace de quelques semaines, et  Simon n y était pour rien. Il était cependant devenu la tête de Turc de la classe.

Il se demandait comment les choses avaient pu dégénérer en si peu de temps. En fait, le responsable en était l’aggravation du conflit israélo-palestinien.

La majorité de la classe avait délibérément choisi le parti des Palestiniens. Tout le monde savait que Simon était juif. Son père était le rabbin de la communauté du quartier. Il avait grandi dans une famille pratiquante, dans le 19 eme arrondissement de Paris.

Devant son refus de prendre position en faveur des Palestiniens, il se prenait des insultes en pleine figure régulièrement.

«  Sale youpin » ou «  dégage donc en Israël. On n’a pas besoin de parasites comme toi, et les tiens, qui financent l’état d’Israël en douce et qui ont le culot de se proclamer patriotes après ca… »

Simon n’avait même pas pris la peine de répondre, mais il se trouvait stigmatisé par tout un groupe qui s’était ligué contre lui. Il se dit que la nature humaine était bien changeante et qu’on ne pouvait faire confiance à personne.

D’un tempérament calme et posé, Simon n’avait pas éprouvé le besoin de défendre qui il était. Il souffrait en silence. Sa famille lui avait transmis un ensemble de valeurs qui étaient les siennes et auxquelles il croyait. Il n’osait pas trop parler à la maison de ce qu’il vivait au lycée. Son père avait des problèmes de santé et sa mère était constamment occupée, particulièrement les veilles de Shabbat.


Il était plutôt beau garçon. Ses cheveux étaient blonds dorés, son teint légèrement mat et ses yeux reflétaient un esprit brillant. Mais même la gent féminine le persécutait.

Maria, une jeune fille d’origine italienne était particulièrement dure avec Simon. À chaque fois qu’il croisait son chemin, il avait droit à une méchanceté de sa part.
Simon finit par se retrouver dans une solitude morale telle qu’il se sentait au bord de la dépression.
Un soir, alors que Maria rentrait chez elle, deux garçons du lycée, fort mal intentionnés la suivirent.
Ils lui tendirent un guet-apens. L’un  d’entre eux l immobilisa et l’autre tenta de lui voler un baiser et quelques caresses.
Plus Maria criait et se débattait, plus elle avait l’impression qu’elle était prisonnière de ses agresseurs. Prise de panique, elle se mit a hurler.

A sa grande surprise, ses camarades de classe qui passaient par là, ne s’arrêtèrent pas.

Simon aussi emprunta le même chemin.
Maria continua à crier «  à l’aide », mais elle eut très peu d’espoir que Simon entreprit quelque chose en sa faveur.

Pourtant, Simon, pris d’un élan de compassion, jeta immédiatement son cartable à terre et se jeta sur les deux agresseurs en libérant Maria.
Il fit signe a Maria de s’enfuir au loin.

Maria se refugia au coin de la rue suivante et appela discrètement la police depuis son portable.
Lorsqu’ elle vit la voiture de police approcher, elle revint sur ses pas. Simon gisait à terre et visiblement les deux autres garçons avaient pris la poudre d’escampette.


Simon avait un œil au beurre noir et sa lèvre inférieure saignait abondamment.
L’officier de police leur proposa de les emmener au commissariat afin qu’ils puissent faire leur déposition et porter plainte contre les agresseurs.
Dans la voiture de police, Maria  n’en menait pas large. Elle regardait Simon à la dérobée. Un sentiment de remords la dévorait et elle n’osait regarder son sauveur dans les yeux.


Arrives dans la salle d’attente du commissariat, assise à côté de Simon, elle eut enfin le courage de prendre la parole.

-« Simon… »
-« Oui, Maria ? »
-« Simon, je te demande pardon. Je ne sais pas ce que je serais devenue sans ton aide ce soir. On m’aurait sans doute violée. Je sais que je n’ai pas été très gentille avec toi, et je le regrette. »
-«  Alors, je ne suis plus un « sale youpin » pour toi, maintenant ? », dit Simon avec une petite pointe d’ironie dans la voix.


Maria baissa les yeux.

-«  Les gens de ma classe, poursuivit-elle, ils m’ont tous vue, et ils ont passé leur chemin, comme si de rien n’était… »

-«  Je sais. Moi je n’ai jamais supporté qu’on fasse du mal à une femme. Dans ma communauté, la femme a une place centrale, tu sais… »

- « Attends, tu saignes encore », dit Maria, en essuyant le sang qui s’écoulait de la lèvre de Simon.

À ce moment, son regard se posa sur le visage de Simon. C’était comme si des écailles lui tombaient des yeux et qu’elle puisse tout à coup voir l’intérieur de ce jeune homme. Elle y vit une âme belle et pure et se mit à aimer ce qu’elle voyait.
La découverte de ce visage dans des dimensions si spirituelles était quelque chose de si nouveau pour Maria. Elle fut prise d’une grande émotion et constata que son pouls battait à un rythme inhabituel. Elle saisit alors la main de Simon et fit mine, d’essuyer à nouveau la blessure de sa lèvre. Elle y déposa un baiser plein de tendresse.

À sa grande surprise, Simon lui rendit son baiser avec intensité et la prit tendrement dans ses bras.
Maria soupira, très émue de ce qui lui arrivait.

-« Je ne pensais pas que ça m’arriverait un jour, mais je sais que je t’aime, Simon. »
-«  Moi aussi je t’aime, Maria », répondit Simon en lui souriant.
-« Mais que va dire ta famille ? », demanda Maria, très inquiète.
-« Peu importe, dit Simon, l’amour, lorsqu’ il est sincère et partagé, finit toujours par se frayer un chemin. Lorsque deux êtres sont destinés à être ensemble, personne ne peut les séparer. »


On raconte dans le quartier, que trois ans plus tard, Simon et Maria se sont mariés. Maria a même fini par adhérer à la croyance de Simon, par conviction personnelle. Un an plus tard, ils etaient les heureux parents  d’un adorable petit garçon nommé Samuel.



Copyright© by Isabelle Esling
















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