Pourtant, les choses avaient tourné au cauchemar en l’espace
de quelques semaines, et Simon n y était pour rien. Il était cependant
devenu la tête de Turc de la classe.
Il se demandait comment les choses avaient pu dégénérer en
si peu de temps. En fait, le responsable en était l’aggravation du conflit israélo-palestinien.
La majorité de la classe avait délibérément choisi le parti
des Palestiniens. Tout le monde savait que Simon était juif. Son père était le
rabbin de la communauté du quartier. Il avait grandi dans une famille
pratiquante, dans le 19 eme arrondissement de Paris.
Devant son refus de prendre position en faveur des Palestiniens,
il se prenait des insultes en pleine figure régulièrement.
« Sale youpin » ou « dégage donc en Israël.
On n’a pas besoin de parasites comme toi, et les tiens, qui financent l’état d’Israël
en douce et qui ont le culot de se proclamer patriotes après ca… »
Simon n’avait même pas pris la peine de répondre, mais il se
trouvait stigmatisé par tout un groupe qui s’était ligué contre lui. Il se dit
que la nature humaine était bien changeante et qu’on ne pouvait faire confiance
à personne.
D’un tempérament calme et posé, Simon n’avait pas éprouvé le
besoin de défendre qui il était. Il souffrait en silence. Sa famille lui avait
transmis un ensemble de valeurs qui étaient les siennes et auxquelles il
croyait. Il n’osait pas trop parler à la maison de ce qu’il vivait au lycée.
Son père avait des problèmes de santé et sa mère était constamment occupée, particulièrement
les veilles de Shabbat.
Il était plutôt beau garçon. Ses cheveux étaient blonds
dorés, son teint légèrement mat et ses yeux reflétaient un esprit brillant.
Mais même la gent féminine le persécutait.
Maria, une jeune fille d’origine italienne était particulièrement
dure avec Simon. À chaque fois qu’il croisait son chemin, il avait droit à une méchanceté
de sa part.
Simon finit par se retrouver dans une solitude morale telle qu’il
se sentait au bord de la dépression.
Un soir, alors que Maria rentrait chez elle, deux garçons du
lycée, fort mal intentionnés la suivirent.
Ils lui tendirent un guet-apens. L’un d’entre eux l immobilisa et l’autre tenta de
lui voler un baiser et quelques caresses.
Plus Maria criait et se débattait, plus elle avait l’impression
qu’elle était prisonnière de ses agresseurs. Prise de panique, elle se mit a
hurler.
A sa grande surprise, ses camarades de classe qui passaient
par là, ne s’arrêtèrent pas.
Simon aussi emprunta le même chemin.
Maria continua à crier « à l’aide », mais elle
eut très peu d’espoir que Simon entreprit quelque chose en sa faveur.
Pourtant, Simon, pris d’un élan de compassion, jeta immédiatement
son cartable à terre et se jeta sur les deux agresseurs en libérant Maria.
Il fit signe a Maria de s’enfuir au loin.
Maria se refugia au coin de la rue suivante et appela discrètement
la police depuis son portable.
Lorsqu’ elle vit la voiture de police approcher, elle revint
sur ses pas. Simon gisait à terre et visiblement les deux autres garçons
avaient pris la poudre d’escampette.
Simon avait un œil au beurre noir et sa lèvre inférieure
saignait abondamment.
L’officier de police leur proposa de les emmener au
commissariat afin qu’ils puissent faire leur déposition et porter plainte contre
les agresseurs.
Dans la voiture de police, Maria n’en menait pas large. Elle regardait Simon à
la dérobée. Un sentiment de remords la dévorait et elle n’osait regarder son
sauveur dans les yeux.
Arrives dans la salle d’attente du commissariat, assise à côté de Simon, elle eut enfin le courage de prendre la parole.
-« Simon… »
-« Oui, Maria ? »
-« Simon, je te demande pardon. Je ne sais pas ce que
je serais devenue sans ton aide ce soir. On m’aurait sans doute violée. Je sais
que je n’ai pas été très gentille avec toi, et je le regrette. »
-« Alors, je ne suis plus un « sale youpin »
pour toi, maintenant ? », dit Simon avec une petite pointe d’ironie
dans la voix.
Maria baissa les yeux.
-« Les gens de ma classe, poursuivit-elle, ils m’ont
tous vue, et ils ont passé leur chemin, comme si de rien n’était… »
-« Je sais. Moi je n’ai jamais supporté qu’on fasse du
mal à une femme. Dans ma communauté, la femme a une place centrale, tu sais… »
- « Attends, tu saignes encore », dit Maria,
en essuyant le sang qui s’écoulait de la lèvre de Simon.
À ce moment, son regard se posa sur le visage de Simon. C’était
comme si des écailles lui tombaient des yeux et qu’elle puisse tout à coup voir
l’intérieur de ce jeune homme. Elle y vit une âme belle et pure et se mit à
aimer ce qu’elle voyait.
La découverte de ce visage dans des dimensions si
spirituelles était quelque chose de si nouveau pour Maria. Elle fut prise d’une
grande émotion et constata que son pouls battait à un rythme inhabituel. Elle
saisit alors la main de Simon et fit mine, d’essuyer à nouveau la blessure de
sa lèvre. Elle y déposa un baiser plein de tendresse.
À sa grande surprise, Simon lui rendit son baiser avec intensité
et la prit tendrement dans ses bras.
Maria soupira, très émue de ce qui lui arrivait.
-« Je ne pensais pas que ça m’arriverait un jour, mais
je sais que je t’aime, Simon. »
-« Moi aussi je t’aime, Maria », répondit Simon
en lui souriant.
-« Mais que va dire ta famille ? », demanda
Maria, très inquiète.
-« Peu importe, dit Simon, l’amour, lorsqu’ il est sincère
et partagé, finit toujours par se frayer un chemin. Lorsque deux êtres sont destinés
à être ensemble, personne ne peut les séparer. »
On raconte dans le quartier, que trois ans plus tard, Simon
et Maria se sont mariés. Maria a même fini par adhérer à la croyance de Simon,
par conviction personnelle. Un an plus tard, ils etaient les heureux
parents d’un adorable petit garçon nommé Samuel.
Copyright© by Isabelle Esling

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