Wednesday, February 19, 2014

Petit conte de la Saint Valentin

Un amour de collégiens. À mes élèves. Depuis la rentrée, Telma n’avait pas été dans de trop bonnes dispositions d’esprit. Elle avait quitté Bordeaux pour venir s’installer à Paris. Elle entrait en classe de 3 eme et cela réclamait pour elle un dur effort d’adaptation, car toutes ses amies étaient restées à Bordeaux où elle avait toutes ses petites habitudes. Elle avait tout de même réussi à se faire plusieurs bonnes amies, grâce à son tempérament plutôt chaleureux. Mais Paname lui semblait hostile, et surtout elle détestait « ce climat de m… »,comme elle disait. Telma était une jeune fille très à la mode, très branchée.Elle se faisait remarquer par ses belles tenues. Malgré ses résultats corrects, Telma ne faisait pas beaucoup d’effort à l’école. Elle avait un mépris pour les « intellos » et préférait de loin, filles et garçons confondus, les provocateurs et les rebelles par nature. C’est pour cela qu’elle s’était liée d’amitié avec Isadora, qui tenait tête à tout le monde et qui ne manquait pas de se faire coller chaque semaine. Telma était Guadeloupéenne, très stylée, très mince et très claire de peau. Heidi Klum, Naomi Campbell et Kate Moss étaient ses idoles incontestées .Elle se moquait des gens qui ne « savaient pas s’habiller » et surtout des garçons trop coinces et trop classiques à son gout. Il y avait un garçon pour qui elle nourrissait une aversion toute particulière : il s’agissait de Stanislas,un garçon de sa classe, d’origine polonaise, qu’elle méprisait profondément. « Stan » représentait tout ce qu’ elle abhorrait chez le sexe opposé il était tres « classique » de par son style vestimentaire, très bon élève, a l écoute de ses professeurs, il parlait plusieurs langues, et raflait toujours les meilleures moyennes, en français,en allemand, en anglais et en mathematiques. C’est un « no life », pensait- elle. Il ne vit que pour le « bahut ». Telma évitait de croiser son regard, sauf quand il se voulait ironique. Mais en cet après-midi du 14 février, sa vie allaitbasculer. Cupidon allait frapper de façon très inattendue. Madame Bonnichaud, la prof d’Anglais l’avait obligée de s’assoir a cote de Stanislas, malgré ses protestations intempestives, afin de rédiger un dialogue, une petite saynète qui devait être jouée a deux. « Mais Madame, je ne vais quand même pas me mettre a cote de ce gros plouc de Stan, pitié ! » À cette remarque Madame Bonnichaud lança un regard très severe a Telma, et lui fit comprendre , par la sévérité de son expression qu’ il n’yavait lieu de discuter. « Quelle galère ! » se dit Telma, qui avaitenvie d’embêter Stan plus qu’elle ne voulait travailler avec lui. D’un geste vif, elle s’empara de son carnet de correspondance et le nargua très longtemps du regard. Puis elle se mit à le plier, faisant mine de le déchirer. Stan, qui était plutôt un garçon effacé et discret se leva et cria : « rends moi mon carnet, espèce de garce ! » Les éclats de voix qui parvenaient de la place de Stan parvinrent aux oreilles de Madame Bonnichaud, qui voyant ses deux élèves sedisputer, décida de les coller sans autre forme de procès afin que son cours se poursuive dans de bonnes conditions. Stan chuchota a l’oreille de Telma : « Espèce de s…, tu vas me le payer…je n’ai jamais été colléde toute l’année… » « Va te faire f…, "bolosse" », lui répondit très bas Telma. « Bon on fait semblant de bosser la, sinon la mère Bonnichaud va encore pointer le bout de son nez… » « Ok. Mais tu ne perds rien pour attendre, ma belle ! » Pendant qu’ ils rédigeaient leur dialogue dans la langue de Shakespeare, Telma regardait Stan a la dérobée…elle n’avait jamais remarqué combien ses yeux était bleus. « Bleus comme le ciel », se dit-elle , murmurant à mi-voix Pendant qu’il ne la regardait pas, elle lui lança un second regard, en le voyant penché sur sa feuille. Elle se sentit soudain prise d’un vertige. Sa vue sebrouilla quelques instants. Son cœur bondissait dans sa poitrine, et tout se mélangeait dans sa tête. C’est alors qu’ elle se rendit compte qu’ il la regardait à sontour. Bizarrement, il n’avait plus l’air furieux. Il lui dit : « regarde, voilà ce que j’ai écrit…tu le trouve comment, mon texte?… » La gorge de Telma se serra, mais elle fit un effort quasi surhumain pour lui répondre : « C’est très bien, je pense que la Bonnichaud aimera… » Prétextant de ramasser un stylo tombe à terre, Stan effleura Telma de la main. Le cœur de Telma était en proie à une émotion intense, maiselle affecta un air désinvolte, et un sourire qui se voulait très timide. Sauvée par le gong de la dernière heure de cours, Telma sortit du collège en toute hâte. Pendant quelle pressait le pas, son cartable sur le dos, quelqu un toucha son épaule. « He, Telma, attends-moi, il faut qu’on parle » Telma sentait ses jambes se dérober sous elle, elle crut qu’elle allait défaillir : c’était Stan qui se tenait derrière elle. « Mais je dois rentrer à la maison », Stan, dit-elle,avec une petite hésitation dans la voix « Tu as bien cinq minutes, Telma ? » « Oui, mais si c’est pour me parler de ton carnet et de ton heure de colle, je m’excuse, je suis vraiment désolée, je ne sais pas ce qui m’a pris. », dit-elle, avec un soupçon de remords dans le timbre de savoix « Non, ce n’est pas pour ça… », dit Stan en lui saisissant la main et en l’attirant dans un des culs de sac, à proximité du collège. Sa peau était douce et agréable au toucher. Telma frissonnait légèrement… Stan s assura que personne ne les regardait. Il posa son cartable a terre et débarrassa Telma du sien Stan s’approcha de Telma, l enlaça tendrement et déposa un doux baiser sur ses lèvres. Son haleine sentait bon lamenthe fraiche. Telma lui rendit son baiser avec toute la fougue de ses 15 ans.Elle ébouriffa les cheveux blonds comme le ble de son compagnon, tant haï autrefois. « Je t’aime, mon doudou », lui murmura-t-elletendrement a l’oreille. « Moi aussi, mon petit sucre d’orge », lui répondit Stan en souriant. Ils restèrent enlacés pendant dix minutes. Le temps avai tsuspendu son vol pour deux jeunes gens dont le cœur battait maintenant à l’unisson. Comme l’avenir paraissait rose, tout à coup, et si léger !C’est si beau d’avoir quinze ans, d’être léger et insouciant… Quel bonheur d’aimer et d’être aime en retour ! Copyright©by Isabelle Esling All RightsReserved

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